El Desdichado
proposition
de 2 thèmes: 1) à travers les épreuves (=texte autobiographique
2) un
«je» en quête de lui-même
notes
de complément:
titre:
El
Desdichado= le Déshérité (mot espagnol emprunté à Walter Scott, l’auteur d’Ivanhoe
- prononcez [ivanoe]
pièce
liminaire des Chimères; texte publié pour la première fois dans Le
Mousquetaire du 10 décembre 1853. Une version manuscrite propose le titre:
Le Destin
v.1:
veuf: une note de Gérard: «olim: Mausole?» Olim signifie: autrefois. Donc
Gérard se sent ici une réincarnation de Mausole, le mari d’Artémis, célèbre
pour son tombeau, intitulé Mausolée!
v.
2: Le prince d’Aquitaine est le double onirique de Gérard (donc son double
rêvé!). Ainsi, dans sa préface à Alexandre Dumas, dans Les Filles du Feu, écrit-il,
non sans distanciation:
«moi,
le brillant comédien naguère, le prince ignoré, l’amant mystérieux, le
déshérité, le banni de liesse, le beau ténébreux, adoré des marquises comme des
présidentes».
abolie:
faut-il y voir une assonance implicite avec son vrai nom: Labrunie. Abolie
serait le signe verbal du désespoir. Au reste, psychanalytiquement, une tour
abolie est révélatrice au minimum d’un manque... C’est aussi l’arcane XVI du
tarot (la tour foudroyée).
v.
3: l’inconsolé est inconsolé d’une
étoile, donc d’une femme, mais aussi d’un espoir de salut. Le luth constellé
renvoie à la valeur stellaire de la Poésie, car cette dernière est rédemptrice
(cf. Toi qui m’as consolé). L’étoile
est aussi l’Arcane XVII du tarot.
v.
4: le soleil noir est une vision profondément pessimiste, qui, pour les
aliénistes - les psychiatres de l’époque, est un symptôme de mélancolie. Le
soleil devient ainsi symbole de sa propre négation.
la
mélancolie est aussi une gravure d’Albrecht Dürer. Dans ce mot, il y a noir,
étymologiquement en grec= bile noire.
Pausilippe:
cf. Myrtho, deuxième sonnet des Chimères, qui commence ainsi:
Je pense à toi, Myrtho, divine
enchanteresse,
Au Pausilippe altier, de mille feux
brillant,
N.B.
un des titres de Myrtho était: A J-y Colonna, alias... Jenny Colon!
Ce
paysage napolitain est pour Gérard, un lieu privilégié, endroit pour les fils
du Feu, avec le Vésuve.
v.
8: la fleur est sans doute l’ancolie, insigne des Filles du Feu. La rose est
une rose trémière et renvoie à un paysage italien où les vignes (pampre)
s’allient aux roses...
v.
9: Amour est fils de Vénus, déesse de l’amour. Phébus=nom grec latinisé
d’Apollon, citharède (joueur de cithare, sorte de lyre), chef de chœur des neuf
Muses. Lusignan est une famille de fiers chevaliers dont l’un se vit enlever sa
fiancée et pour cela se fit déposséder de ses terres par Philippe-Auguste; un
autre devint roi de Jérusalem, en Orient (cf. Mausole). la fée Mélusine (abréviation de la Mère de Lusignan)
vient sur une tour crier un malheur menaçant. Biron fut un des compagnons
d’armes D'Henri IV; devenu maréchal de France, il conspira contre ce dernier et
eut la tête tranchée.
v.
10, la reine: une note d’un manuscrit vient nous éclairer: Reine Candace, nom
générique des reines d’Ethiopie. Donc, la Reine de Saba, une femme-mythe!.
Gérard avait d'ailleurs composé pour Jenny Colon un opéra intitulé la Reine
de Saba. Cette interprétation est corroborée par le «encor» archaïque
v.
11: c’est la grotte des sirènes, à Tivoli, en Italie. Remarquons le singulier,
qui évoque ainsi une femme, dans son identité unique...
v.
13: deux crises de folie (Mais la première, en 1841, provoque sa conversion à
la poésie, Il s’agit plutôt des deux dernières crises, celle de 1851, plus
grave, et de 1853, aussi grave...) que Gérard comparait à des séjours en enfer,
d’où il ressort, comme Orphée, sans son Eurydice... Ce dernier fascinait même
les animaux avec sa musique...
v.
14. Sainte: aspect mystique de la femme=Adrienne, Fée;: aspect magique= Jenny
Colon? ou la Fée industrieuse qu’est Sylvie?
rapprochement avec Sylvie
1)
textuel
un
passage contraint au rapprochement: le chapitre XIV: telles sont les chimères
etc. et El Desdichado est la pièce liminaire d’un recueil du même nom. Ainsi
que la date de composition: terminus ante quem (=date limite): le 10 décembre
1853.
III:
le pampre s’enlace au rosier
relevé
lexical: tout un réseau thématique qui renvoie à des images souvent évoquées
par Gérard. Il suffit de parcourir rapidement le chap. I:
(l’homme
aspirait au bouquet de) roses...
la
tour (d’ivoire des poètes)
d’amour.
Amour, hélas! (remarquons la lamentation à côté de ce nom... propre?)
(il
fallait qu’elle apparût) reine (ou déesse).
VI:
je vais avoir l’air d’une vieille fée. La fée des légendes éternellement jeune.
XIV:
tu as perdu ta seule étoile qui chatoyait pour moi d’un double éclat cf.
Sainte/Fée)
2)
des réminiscences culturelles
cf.
XI: Walter Scott
l’attention
à l’antiquité: Amour, Phébus (avec son côté solaire)
au
Moyen-âge: Lusignan, le Ténébreux (le fin’amor des Troubadours du XIIIè,
l’amour de Loin, l’image de la dame dans l’amour courtois, avec son côté
obscur, cf. Tristan et Yseut: la dame soigne avec des herbes, des Simples, elle
est en contact avec les forces telluriques, les profondeurs, l’eau (cf.
psychanalyse)
à
la Renaissance: Biron
(cf.
toutes les allusions culturelles et rappels historiques, dans les notes sur le
temps)
3)
des échos biographiques:
le
voyage en Italie (en 1834, où Gérard rencontra une jeune anglaise diaphane, cf.
VIII), voire «le spectre funeste qui traversait ma vie».
la
désespérance cf. XIII, quand il signe l’Inconnu (cf. le début de son sonnet),
voire XIV dont le ton plus dégagé n’en est pas moins empreint de la plus
profonde mélancolie: l’humour n’est-il pas le dernier rempart avant d’affronter
son désespoir, le cœur mis à nu, pour paraphraser Baudelaire?
le
cœur désolé: cf. vos notes sur la quête de la femme. En fait ces références
biographiques, historiquement attestées, se mêlent intimement, comme toujours
chez Nerval qui en fait le fond de sa trame littéraire à sa vie spirituelle et
sentimentale (sans que ceci, comme chez tous les grands auteurs, sombre dans le
mesquinement quotidien et l’étroitesse du nombrilisme: par le particulier,
Nerval atteint l’universel); donc,
4)
le plus important: des échos affectifs.
cf.
chapitre I, le jeu lumière/nuit: «torche des dieux souterrains, qui éclaire
l’ombre un instant de ses traînées d’étincelles».
Gérard
enfant. «nous décorant du titre de chevaliers», ce qui enlève quelque peu du
tragique de ce sonnet.
une
image au chap. II: une princesse enfermée dans sa tour par la volonté d’un père
qui la punit d’avoir aimé
II:
Béatrice de Dante qui sourit au poète errant sur la lisière des saintes
demeures.
III:
l’image de la Muse (=Adrienne) fantôme rose glissant sur l’herbe verte à
demi-baignée de blanches vapeurs.
Donc:
la Sainte= Adrienne, cf. la baronne Adrien de Feuchères
la
Fée= Sylvie ou Jenny? au choix, selon sa propre sensibilité. Plutôt jenny, car
on parle de cris (cf. actrice; or, les acteurs, à l’époque, avaient un jeu
assez outré, du moins pour notre goût... moderne!), alors que Sylvie chante de
vieilles chansons du Valois; il est vrai qu’elle phrase, en chantant un opéra,
ce qui choque notre Gérard...
Il n’en reste pas moins que c’est Gérard qui, modulant ses textes musicaux, leur donne la parole...